Couper (verbe)
Définition de l'Académie française (éd. 1986)
| Verbe |
XI e siècle. Dérivé de coup. Au sens propre « diviser d'un coup », d'où «
I. V. tr.
1. Entailler, blesser. Un silex l'a coupé au genou. La lame m'a coupé légèrement le doigt. Pron. Se
2. Trancher, sectionner. Un éclat d'obus lui a coupé l'aorte. On lui a coupé la tête, le cou, la gorge. Couper une jambe, un bras, l'amputer. Couper le cordon ombilical. Couper dans le vif, inciser avec un bistouri les chairs mortifiées et tailler jusqu'à la chair saine pour vider un abcès ou extirper une tumeur et, fig., recourir à des mesures radicales pour assainir une situation. Si l'on veut en finir avec cet abus, il faut
Couper la queue, les oreilles d'un chien, les griffes d'un chat
Par méton. Couper un chien, un cheval, le châtrer. Un chat coupé.
Couper un boulon, un panneau de métal avec des cisailles
Couper du papier avec un massicot. Par anal. . . Couper une balle, lui donner de l'effet. Expr. fig. et fam. Couper les ailes à quelqu'un, l'arrêter dans son essor, le décourager. Cet échec imprévu lui a coupé les ailes. Couper les ailes à un canard, démentir une fausse nouvelle. Couper les jambes à quelqu'un, l'épuiser. Couper bras et jambes à quelqu'un, briser son énergie, le laisser sans ressort. Cette maladie m'a coupé bras et jambes. Couper les griffes à quelqu'un, le rendre inoffensif. Je vais vous
3. Ôter, retrancher une partie d'un ensemble ; séparer. Couper un pan de montagne pour construire une route. Il faudrait
4. Rompre, interrompre. L'orage a coupé les lignes téléphoniques. Un éboulis, une chute de neige, une coulée de boue vient de
Couper les vivres à une armée, à une ville assiégée, interrompre son ravitaillement en barrant ses accès et, fig
,
Couper l'allumage, le contact, interrompre le circuit électrique du moteur
Couper les gaz d'un moteur à explosion.
Couper l'eau, le gaz, l'électricité, lorsque les factures n'ont pas été acquittées ou pour une réparation
Couper le téléphone, retirer à un abonné l'usage de sa ligne téléphonique. Par anal. Couper la parole à quelqu'un, l'interrompre dans son discours. Ne me coupez pas sans cesse la parole. Couper la fièvre, la faire tomber brusquement. Couper l'appétit, ôter sur-le-champ toute envie de manger. Couper la soif, la faim. Cela m'a coupé toute envie de continuer. Couper le souffle à quelqu'un, le mettre hors d'haleine et, fig., le laisser interdit de surprise, d'admiration. Les quatre étages m'ont coupé le souffle. Une histoire, un spectacle à vous
5. Traverser, croiser. Une chaîne de montagnes coupe toute cette région. Leurs vaisseaux ne purent
Couper la voie, en parlant des chiens, ne pas suivre la voie, mais la traverser pour rejoindre plus tôt l'animal de chasse qui fait des détours
Il faut empêcher les chiens de
6. Dé
7. Abattre, élaguer, faucher, moissonner. Couper un arbre, une branche, une haie, un taillis avec une hache, un sécateur, une cisaille, une serpe. Couper les foins, les chaumes, l'avoine, le blé. « Nous n'irons plus au bois, les lauriers sont coupés... », paroles d'une vieille chanson française. Couper une fleur, la cueillir. Couper de l'herbe pour les lapins. Expr. fig. Couper l'herbe sous les pied de quelqu'un, lui
8. Tailler selon les règles de l'art. Couper un vêtement, tailler les morceaux de tissu avant de les assembler. Couper un costume, un pardessus, une robe. Un pantalon, un veston, un gilet bien coupé. Absolt. Couper d'après un patron. Couper sur mesures. Couper dans le droit fil. Couper dans le biais, en plein biais.
Couper les cheveux, les raccourcir en leur donnant un certain agencement, une certaine forme. Se faire
Couper la pierre, le marbre, le verre
Couper une vitre, une glace avec un diamant.
Pan coupé, surface plane qui remplace l'angle à la rencontre de deux pans de mur
Couper en talus les bords d'un chemin, d'un fossé
II. V. intr.
1. Avoir du tranchant. Ce couteau, cette lame, ces ciseaux ne coupent plus.
2. Prendre un raccourci. Pour gagner le bord de la rivière nous avons coupé à travers champs. Couper par un sentier, par le plus court chemin ou, ellipt., par le plus court, au plus court. Expr. fig. Couper court à quelqu'un (vieilli), le quitter brusquement en lui faisant une réponse brève et décisive. Couper court à quelque chose, l'empêcher de se prolonger. Il vaut mieux
3. Loc. fam. Couper à, échapper à quelque chose de déplaisant, l'éviter. Il a l'art de
4. Changer de ligne en levant rapidement l'épée au-dessus de celle de l'adversaire.
Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)
| Verbe |
Diviser un corps continu, avec quelque chose de tranchant. "Couper en deux. Couper en morceaux. Couper de la viande. Couper du papier. Couper avec un couteau, avec des ciseaux, avec un canif, avec une hache, etc. On lui a coupé un bras, une jambe. Couper de l'herbe. Se faire
"À
Il signifie par extension Tailler suivant les règles de l'art. "Couper les pierres. Couper un vêtement, un manteau, une robe."
"Couper un rocher, une maison, etc.," En enlever, en démolir une partie. "On a coupé la montagne en cet endroit, pour que le chemin passât. Il faudrait
"Pan coupé." Voyez
"Couper un cheval, un chien, un chat, etc.," Le châtrer.
Fig. et fam., "Couper l'herbe sous le pied à quelqu'un," Le supplanter dans quelque affaire.
Fig., "Couper le mal à sa racine," L'extirper.
Fig. et fam., "Couper bras et jambes à quelqu'un." Voyez
"Couper la gorge à quelqu'un," L'égorger, le tuer. "Les voleurs lui coupèrent la gorge."
Fig. et fam., "Couper le sifflet à quelqu'un," Le rendre muet, le mettre hors d'état de répondre.
Par exagération et fam. "Je donnerais ma tête à
COUPER et SE COUPER signifient quelquefois seulement Entamer la chair, y faire une incision. "Vous m'avez coupé au petit doigt. Elle s'est coupée à la main. Il s'est coupé jusqu'à l'os, jusqu'au vif. Se
"Ce drap, ce velours, etc., se coupe," Ce drap, etc., s'use promptement aux endroits où il s'est formé des plis.
"Ce cheval se coupe," Il s'entretaille des pieds de devant ou des pieds de derrière.
"Couper dans le vif," se dit des Chirurgiens qui, pour extirper le mal, coupent jusque dans la chair vive. Il signifie figurément Prendre des mesures énergiques pour terminer une affaire. "Si l'on veut extirper cet abus, il faut
Il se dit quelquefois, dans un sens particulier, du Froid, lorsqu'il fait gercer les lèvres. "Le froid m'a coupé les lèvres."
Fig., "Ce vent coupe le visage," se dit d'un Vent froid qui fouette dans le visage.
COUPER, en termes de jeu de Cartes, signifie Séparer un jeu de cartes en deux avant que celui qui a la main donne. Il signifie aussi Détruire, en jouant de l'atout, l'effet des cartes maîtresses.
Il signifie aussi Traverser. "Leurs vaisseaux ne purent
Il se dit particulièrement d'une Chose qui se croise avec une autre. "Cette route coupe celle d'Orléans. La ligne droite qui coupe deux autres lignes droites parallèles se nomme sécante. Un plan qui en coupe un autre. Ces deux chemins, ces deux lignes, ces deux plans se coupent." On dit dans un sens analogue "Un solide est coupé par un plan, etc."
En termes de Sports, "Couper l'eau," Fendre l'eau en nageant. "Couper le courant," Le traverser à la nage ou en bateau.
En termes de Marine, "Couper la lame," se dit d'un Bâtiment dont l'avant court sur la lame et la traverse. "Couper l'équateur," Passer d'un hémisphère dans l'autre en traversant l'équateur.
Fig., "Couper à quelqu'un sa journée, sa semaine, etc.," Déranger le plan d'occupation qu'il s'était fait pour la journée, pour la semaine, etc. "Les visites que je suis obligé de recevoir coupent mes journées, me coupent tout mon temps."
Il signifie aussi Barrer, intercepter, rendre impraticable. "Couper le cours d'une rivière, d'un ruisseau. Couper une route, un passage. On coupa les ponts pour empêcher l'ennemi de passer. Couper une voie de chemin de fer."
"Couper le chemin à quelqu'un," Se mettre au-devant de lui sur son chemin pour l'empêcher de passer.
En termes de Chasse, "Couper la voie," se dit des Chiens qui abandonnent la voie pour rejoindre plus tôt la bête, quand elle a fait des détours, ce qui est un défaut. Il se dit aussi des Chasseurs trop pressés qui passent trop tôt sur la voie.
"Couper la fièvre," L'arrêter au moyen d'un médicament.
Fig., "Couper la parole à quelqu'un," L'interrompre en prenant la parole, ou Lui imposer silence. "Les sanglots, les soupirs, etc., lui coupent la parole, la voix," L'empêchent de parler, de s'exprimer d'une manière suivie.
Fig., "Couper la communication," Mettre fin à une conversation téléphonique avant qu'elle ne soit achevée.
Fig., "Couper quelqu'un," Le dépasser, le devancer. "Nous marchions et sa voiture nous coupa."
"Couper les vivres à une ville assiégée, à une armée, etc.," Fermer les avenues, pour empêcher qu'on ne lui porte des vivres. Fig. et fam., "Couper les vivres à quelqu'un," Lui retrancher l'argent, les moyens de subsister, etc.
En termes de Guerre, "Couper une armée," La séparer en deux tronçons. On dit de même "Ce corps d'armée fut coupé de ses bases."
"Couper par le plus court chemin, par le plus court, par un sentier," Aller par le chemin le plus court, etc. On dit aussi "Couper à travers champs."
Fig. et fam., "Couper court." Voyer COURT.
En termes de Musique, "Couper les sons," Marquer un silence entre chaque son, dans les expressions de douleur, d'abattement ou d'admiration.
En termes de jeu de Paume et de Tennis, "Couper le coup," Pousser la balle de manière qu'elle ne rebondisse pas.
En termes d'Escrime, il signifie Achever de passer l'épée par-dessus la pointe de l'épée de l'adversaire.
COUPER, en termes de Danse, signifie Faire le pas qu'on nomme Coupé.
SE COUPER s'emploie aussi figurément, dans le sens de Se contredire, se démentir soi-même dans ses discours, laisser échapper une chose qu'on voulait cacher. "Il s'est coupé dans ses réponses. On se coupe aisément quand on ne dit pas la vérité." Dans ce sens il est familier.
COUPER signifie aussi Mêler un liquide avec un autre de force moindre. "Couper son vin avec de l'eau." Absolument, "Couper son vin,
Dictionnaire d'Emile Littré
| Verbe |
1 Diviser un corps avec un instrument tranchant. Couper du pain avec un couteau, du bois avec une hache.
BOSSUET: « David, rencontrant Saül à son avantage, après lui avoir sauvé la vie malgré les instances de tous les siens, se sentit saisi de frayeur pour lui avoir seulement coupé le bord de sa robe et avoir mis la main, quoique d'une manière si innocente, sur sa personne sacrée »
Familièrement. À
J. J. ROUSS.: « Quelques verres d'un gros vin à
Absolument. Ce rasoir coupe bien.
Couper la bourse à quelqu'un, lui voler sa bourse.
Couper la gorge à quelqu'un, et, populairement, le sifflet à quelqu'un, l'égorger, le tuer. On coupa la gorge à tous les Français dans les Vêpres siciliennes.
Fig. Couper la gorge à quelqu'un, lui faire perdre sa position, lui causer un grand dommage.
Fig. Couper le sifflet à quelqu'un, le rendre muet.
Familièrement. Je lui
MOL.: « Laissez-moi, je lui veux
On dit aussi
REGNARD: « Laissez-moi lui
Couper le visage à quelqu'un d'un coup de cravache, lui asséner un coup de cravache à travers la figure.
Fig. Couper la jupe,
SCARR.: « Il me ferait
Fig. Couper l'herbe sous le pied à quelqu'un, le supplanter dans une affaire.
Couper pied à un abus, en ôter la cause.
Couper bras et jambes à quelqu'un, lui ôter tout moyen d'agir efficacement, et aussi lui causer une consternation grande. Cette nouvelle m'a coupé bras et jambes.
CORN.: « Je m'en consolerai quand je verrai Phocas Croire affermir son trône en se coupant le bras »
Fig.
CORN.: « Quelle horreur d'embrasser un homme dont l'épée De toute ma famille a la trame coupée ! »
VOLT.: « Si vous voulez
Couper le mal à sa racine, l'attaquer à sa source et l'extirper.
CORN.: « C'en est encor bien moins [de prudence] alors qu'on s'imagine Guérir un si grand mat sans
2 Se
ROLLIN: « Quand on eut appris sa mort chez les barbares, la douleur fut extrême, ils se coupèrent les cheveux, coupèrent les crins de leurs chevaux et de leurs mulets, et remplirent tout le camp de cris et de gémissements »
Se
Se
MARMONT.: « Mon ami, lui dit le chevalier, j'ai autant d'envie que vous de me
3 Tailler d'une certaine façon. Il s'entend bien à
SÉV.: « La voilà qui me coupe des serviettes »
Terme de gravure. Conduire d'une certaine manière le burin. Ce graveur coupe bien le cuivre. Exécuter en creux ou en relief différents ornements.
Terme de sculpture. Couper le plâtre, faire à la main des moulures ou autres ornements en plâtre.
Terme d'architecture. Couper du trait, faire le modèle d'une voûte ou d'une pièce de trait en petit, avec de la craie, du plâtre, etc.
Absolument, en termes de cordonnier et de tailleur, tailler le cuir ou l'étoffe selon les règles du métier. Il coupe bien.
En termes de jardinage,
4 Enlever, retrancher une, partie d'une chose. Couper un pan de bois.
En termes de maçonnerie,
En termes de chirurgie,
Fig. Couper dans le vif, prendre des mesures énergiques pour mettre fin à une situation mauvaise.
Terme de vétérinaire. Couper un animal, le châtrer.
5 Barrer, détourner, intercepter. Couper le cours d'une rivière. Couper une route, un passage. Les ponts furent coupés pour empêcher les ennemis de passer.
Couper le chemin à quelqu'un, le lui barrer, passer devant lui.
CORN.: « Son fils et deux valets me coupent le chemin »
BOSSUET: « Ils avaient coupé le chemin aux Madianites »
FÉNEL.: « Il fait signe aux siens, qui étaient de l'autre côté de l'arbre, de
SÉGUR: « Depuis, les Russes ont reproché à Napoléon de ne s'être point décidé à cette manoeuvre ; mais ont-ils assez songé qu'aller ainsi se placer par delà un fleuve, une ville forte et une armée ennemie, c'eût été, pour
Couper les communications,
Fig.
ROTR.: « Coupons dès cette nuit tout accès à ses voeux »
MOL.: « À tous nos démêlés coupons chemin, de grâce »
Couper les vivres à quelqu'un, cesser de subvenir à ses dépenses, lui refuser de l'argent.
Couper le feu, circonscrire, borner l'action de l'incendie.
SÉV.: « Des capucins travaillèrent si bien qu'ils coupèrent le feu »
Par analogie. Couper la fièvre, empêcher le retour des accès.
CHATEAUBR.: « Avec la seconde écorce du sassafras, ils [les sauvages] coupent les fièvres »
Fig.
J. J. ROUSS.: « Je coupe en lui tout intérêt de mentir »
6 Passer devant quelqu'un en le séparant de la personne ou de la chose vers laquelle il va.
SÉV.: « Elle coupe la duchesse et donne la serviette »
LA BRUY.: « Tantôt il vous quitte brusquement pour joindre un seigneur ou un premier commis, et tantôt, s'il les trouve en conversation avec vous, il vous coupe et vous les enlève »
SAINT-SIMON: « Vardes convint avec mon père que le carrosse de M. de Vardes
SAINT-SIMON: « Tous [au conseil d'État] étaient assis, et les conseillers d'État y coupaient les secrétaires d'État et le contrôleur général »
Terme de manége. Couper la volte ou le rond, changer de main en faisant des voltes.
7 Séparer, diviser. Je
J. J. ROUSS.: « Ils ont coupé de trop grandes pièces, pour avoir des logements mieux distribués »
Se croiser avec. Ce chemin coupe la route d'Orléans. Une ligne qui en coupe une autre à angle droit.
Couper l'eau,
Fig. Couper à quelqu'un sa journée, déranger le plan de ses occupations.
Terme de marine. Le vaisseau coupe la lame, quand l'avant court sur la lame et la traverse.
On dit aussi
Fig. Couper l'équateur, traverser l'équateur.
8 Terme de jeu de carte. Prendre avec l'atout une carte de son adversaire. Je coupe le carreau.
REGNARD: « Le jeu rassemble tout ; il unit à la fois Le turbulent marquis, le paisible bourgeois ; La femme du banquier, dorée et triomphante, Coupe orgueilleusement la duchesse indigente »
Absolument. Je coupe à carreau.
9 Empêcher, en parlant de la voix, de la parole.
CORN.: « La Parque à ce mot lui coupe la parole »
CORN.: « Ce n'est que la douleur qui lui coupe la voix »
RAC.: « Peut-être, si la voix ne m'eût été coupée, L'affreuse vérité me serait échappée »
RAC.: « Ses pleurs précipités ont coupé mes discours »
Couper la parole à quelqu'un, l'interrompre en la prenant soi-même.
LA BRUY.: « Couper la parole à son maître »
DIDER.: « Néron lui coupe la parole et lui réplique que Claude ne fit jamais accuser personne »
10 Gercer, en parlant du froid Le froid m'a coupé les lèvres.
Ce vent coupe la figure, il est vif et froid.
11 Tempérer un liquide par un autre. Couper du vin blanc avec du vin rouge.
Absolument. Couper, c'est mélanger d'eau. Couper le bouillon.
J. J. ROUSS.: « On a beau
12 Couper le style, faire des phrases courtes et d'où les liaisons sont absentes.
Mettre les repos dans les phrases, dans les vers. Ce vers est heureusement coupé. L'orateur a mal coupé ses phrases.
D'OLIVET: « Il faut
Terme de musique. Couper les sons, marquer un silence d'un son à l'autre.
13 À la paume,
DESC.: « Ils la touchent en biaisant de leur raquette, ce qu'ils nomment
Terme de jeu. Couper cul, se retirer après avoir gagné et sans donner de revanche.
Couper les dés, les jeter en retirant le cornet, pour qu'ils restent à la même place.
14 Couper court, abréger.
SÉV.: « Je dirais beaucoup de choses sur ce sujet que je coupe court par mille raisons »
Absolument. Couper court au discours ; et, elliptiquement,
MOL.: « Tout cela va le mieux du monde, Mais enfin coupons au discours »
Par extension, mettre un terme.
BÉRANG.: « Coupons court Aux erreurs de la jeunesse »
Couper court à quelqu'un, le quitter brusquement en lui faisant une réponse brève et décisive. Et absolument : Monsieur, point tant de paroles, coupons court.
15 V. n. Passer la racloire sur une mesure de grains qui est comble.
16 Couper à travers champs, par le plus court chemin, se diriger par la ligne la plus courte.
Terme de vénerie. Un chien coupe, lorsqu'il veut gagner la tête de la meute ou lorsqu'il manque de force.
17 Terme de peinture. On dit qu'une couleur coupe quand elle n'est pas assez fondue.
18 Terme de danse. Exécuter le pas dit coupé.
Terme d'escrime. Exécuter le dégagement dit coupé. Couper sous le poignet, dégager par-dessous le poignet de son adversaire. Couper sur pointe, porter une botte en dégageant par-dessus la pointe de l'épée de l'adversaire.
On dit aussi
19 Terme de jeu de cartes. Séparer en deux un jeu de cartes, après que celui qui les tient les a bien mêlées.
Au jeu du lansquenet, prendre carte et se mettre au nombre des joueurs. Il coupait.
20 Terme de marine. Couper à terre, aller directement le cap sur la terre.
Passer entre un vaisseau et un autre. Dans ce moment-là j'avais Ruyter par mon travers, et je voyais l'arrière-garde ennemie dans nos eaux, qui pouvait, en revirant,
21 Se
Terme de manége. On dit que des chevaux se coupent, quand ils s'entre-heurtent les jambes, ou quand, avec l'un des fers, ils se blessent le boulet de l'autre pied.
Se dit aussi des enfants et des personnes grasses, lorsqu'il leur vient des excoriations aux plis que forme la peau.
22 Être coupé. Le roc cède et se coupe aisément.
En parlant des étoffes, se gâter par les plis. Les étoffes fortes se coupent plutôt que celles qui sont souples et déliées.
23 S'entre-croiser. Ces deux lignes, ces deux routes se coupent.
24 Fig. Se contredire dans ses assertions. On se coupe aisément quand on ne dit pas la vérité.
BOSSUET: « Ces deux réponses se coupent »
Mme DE LA FAYETTE: « La comtesse de Soissons, craignant toujours qu'on ne lui eût fait quelque finesse, tourna tant Vardes qu'il se coupa sur deux ou trois choses »
HISTORIQUE
XIème siècle
Lois de Guill. 13: Si ço avent que alquen colpe le poin à altre u le pied
XIIème siècle
Ronc. p. 66: Au bon destrier [il] a l'eschine coupée
Th. le mart. 90: Ne faiz pas cum saint Piere qui dona la colée ; Al serf al prince aveit l'une oreille coupée
ib. 31: Par douz [deux] feis i fu pris : si l'en laissa aler, Mais ainceis li fist l'um les oreilles
XIIIème siècle
Chr. de Rains, p. 63: Et li François lor remanderent qu'il i seroient l'endemain devant tierce, et le [l'ormeau] copperoient ou despit de lui
BEAUMANOIR: « Se feme tient bos [bois] en douaire, elle ne le poet
BEAUMANOIR: « Et quant il les orent pris, il lor coperent les testes à toz »
JOINV.: « Et lors il me porterent à terre et me saillirent sur le cors pour moy coper la gorge »
JOINV.: « Mal apertement se partirent les Turs de Damiete, quant il ne firent coper le pont qui estoit de nez [nefs] »
XIVème siècle
Baud. de Seb. VI, 263: Et on voit qu'uns larons qui se met à l'embler, Il n'aconte noient d'une bourse à
XVème siècle
G. CHASTEL.: « Et à tant je coupe le compte de che chevalier, jusques cy après que j'en releveray le remannant »
BASSELIN: « Que ce vin on ne coupe ; Ainçois qu'on boive net ; Je pry toute la troupe De vider le godet »
XVIème siècle
MONT.: « S'estant si lourdement couppé [contredit] »
MONT.: « C'estoit un precipice si droict et si couppé, que.... »
MONT.: « Un mont coupé, rabotteux et inaccessible »
MONT.: « Un langage trop serré, coupé »
AMYOT: « Murena en rencontra les uns fuyans, ausquelz il couppa le chemin et les desfeit »
AMYOT: « Ses ennemis luy coupoient les vivres »
AMYOT: « La montée n'estoit pas fort roide ny couppée [à pic] »
PARÉ: « Il faut
ÉTYMOLOGIE
Coup ; picard, coper ; bourguig. côpai.
1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française
| Verbe |
Trancher, séparer, diviser un corps continu, avec quelque chose de tranchant. "Couper en deux. Couper en morceaux. Couper par pièces. Couper du pain. Couper de la viande. Couper du papier. Couper avec un couteau, avec des ciseaux, avec un canif, avec un sabre, avec une hache, etc. Couper un câble. On lui a coupé un bras, une jambe. Couper le cou,
Il signifie quelquefois, Tailler suivant les règles de l'art. "Il s'entend bien à
Il est aussi neutre en parlant Des instruments qui servent à
"Couper un rocher, une maison, etc.," En enlever, en démolir une partie. "On a coupé la montagne en cet endroit, pour que le chemin y passât. Il faudrait
"Couper un cheval, un chien, un chat, etc.," Le châtrer.
Fam., "Couper la bourse à quelqu'un," Lui voler adroitement sa bourse ou d'autres choses qu'il avait sur lui.
Fig. et fam., "Couper la bourse à quelqu'un," Tirer de l'argent d'une personne qui n'a pas envie d'en donner. "Il s'est laissé
Prov. et fig., "Couper l'herbe sous le pied à quelqu'un," Le supplanter dans quelque affaire.
Fig., "Couper le mal à sa racine," L'extirper. On dit quelquefois dans le même sens, "Couper pied,
Fam., "Je lui
Fig. et fam., "Couper bras et jambes à quelqu'un." Voyez BRAS.
"Couper la gorge à quelqu'un," L'égorger, le tuer. "Les voleurs lui coupèrent la gorge." On dit populairement, dans le même sens, "Couper le sifflet à quelqu'un." (Voyez à GORGE les autres emplois de la locution "Couper la gorge.")
Fig. et fam., "Couper le sifflet à quelqu'un," Le rendre muet, le mettre hors d'état de répondre.
2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
signifie quelquefois seulement, Entamer la chair, y faire une incision. "Vous m'avez coupé au petit doigt."
Il s'emploie dans ce sens avec le pronom personnel. "Elle s'est coupée à la main. Il s'est coupé jusqu'à l'os, jusqu'au vif."
Il se dit particulièrement Des personnes grasses, et surtout des enfants, lorsque leur chair se fend dans les plis qu'elle forme. "Cet enfant se coupe."
"Ce drap, ce velours, etc., se coupe," Ce drap, etc., s'use promptement aux endroits où il s'est formé des plis.
"Ce cheval se coupe," Il s'entre-taille des pieds de devant ou des pieds de derrière.
"Couper dans le vif," se dit Des chirurgiens qui, en faisant leurs opérations, coupent jusque dans la chair vive. "Il faut
Fig., "Couper dans le vif." Rompre tout à coup des relations nuisibles, ou Prendre des mesures énergiques dans une affaire, etc. "Si l'on veut extirper cet abus, il faut
3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
se dit quelquefois, dans un sens particulier, Du froid, lorsqu'il fait gercer les lèvres. "Le froid m'a coupé les lèvres. Avoir les lèvres coupées par le froid, toutes coupées du froid."
Fig., "Ce vent coupe le visage," se dit D'un vent froid qui fouette dans le visage.
4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
signifie aussi, Traverser, diviser, partager. "Leurs vaisseaux ne purent
"Couper l'eau," Fendre l'eau en nageant. "Couper le courant," Le traverser à la nage ou en bateau.
En termes de Marine, "Couper la lame," se dit D'un bâtiment dont l'avant court sur la lame et la traverse. "Couper l'équateur," Passer d'un hémisphère dans l'autre en traversant l'équateur.
Fig., "Couper à quelqu'un sa journée, sa semaine, etc.," Déranger le plan d'occupation qu'il s'était fait pour la journée, pour la semaine, etc. "Les visites que je suis obligé de recevoir coupent mes journées, me coupent tout mon temps."
"Couper le cours d'un fleuve, d'un ruisseau," Empêcher un fleuve, un ruisseau de poursuivre son cours.
"Couper chemin,
Fig., "Couper chemin à quelque chose," En arrêter, en empêcher le cours, le progrès. "Il fallut abattre une maison pour
Fig., "Couper quelqu'un," Le traverser, le passer, le devancer. "Nous marchions, et son carrosse nous coupa."
"Couper les eaux à une place assiégée," Couper les canaux, les conduits des fontaines qui portent de l'eau à la ville.
"Couper les vivres à une ville assiégée, à une armée, etc.," Fermer les avenues, pour empêcher qu'on ne lui porte des vivres.
Fig. et fam., "Couper les vivres à quelqu'un," Lui retrancher l'argent, les moyens de subsister, etc.
En termes de Guerre, "Couper les ennemis," Se mettre entre une partie de leur armée et une autre partie, ou entre leur armée et la place qu'ils couvraient. "Les assiégés, ayant fait une sortie, furent coupés par les nôtres. Leur avant-garde ayant passé la rivière, passé tel défilé, nos gens la coupèrent." On dit aussi dans le même sens, "Couper la communication d'une ville, d'un quartier, etc.," Se poster de manière qu'on ne puisse y envoyer du secours.
"Couper par le plus court chemin, par le plus court, par un sentier," Aller par le chemin le plus court, etc.
Fig. et fam., "Couper court," Abréger son discours. "Monsieur, point tant de paroles, coupez court."
Fig. et fam., "Couper court à quelqu'un," Le quitter brusquement, en lui faisant une réponse brève et décisive. "Il voulait entrer en discussion, je lui coupai court."
"Couper la parole à quelqu'un," L'interrompre en prenant la parole, ou Lui imposer silence.
"Les sanglots, les soupirs, etc., lui coupent la parole, la voix," L'empêchent de parler, de s'exprimer d'une manière suivie.
En termes de Musique, "Couper les sons," Marquer un silence entre chaque son, dans les expressions de douleur, d'abattement ou d'admiration.
À la Paume, "Couper le coup," Pousser la balle de manière qu'elle ne fasse point de bond.
En termes d'Escrime, "Couper la mesure." La dégager.
5ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
se dit particulièrement D'une chose qui se croise avec une autre. "Cette route coupe celle d'Orléans. La ligne droite qui coupe deux autres lignes droites parallèles se nomme Sécante. Un plan qui en coupe un autre." On dit, dans un sens analogue, qu'"Un solide est coupé par un plan, etc."
Il s'emploie dans les mêmes sens comme verbe réciproque. "Ces deux chemins, ces deux lignes, ces deux plans se coupent."
Il s'emploie aussi figurément, comme verbe réfléchi, dans le sens de Se contredire, se démentir soi-même dans ses discours. "Il s'est coupé dans son interrogatoire, dans ses réponses. On se coupe aisément quand on ne dit pas la vérité."
6ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
en termes de Chasse, se dit Des chiens qui abandonnent la voie pour devancer la bête; ce qui est un défaut.
7ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
en termes de Danse, Faire le pas qu'on nomme Coupé. "Coupez, coulez, etc."
8ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
signifie aussi, Mêler un liquide avec un autre. "Couper du vin blanc avec du vin rouge. Couper son vin avec de la tisane."
Absol., "Couper son vin,
9ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
aux Jeux de cartes, Séparer un jeu de cartes en deux, avant que celui qui a la main donne. "J'ai mêlé les cartes, coupez, coupez net."
10ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
au jeu du Lansquenet, Prendre carte et se mettre au nombre des joueurs. "Il coupait. Il ne coupait pas."
Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)
| Verbe |
["Kou-pé": 2e"é" fer.] 1°. "Trancher"; diviser un corps continu. "Couper du" pain, "de" la viande; on "lui a coupé un" bras, "une" jambe; "
- 2°. "Tâiller" suivant les règles de l'art. Il entend bien à "couper" les pierres. "Couper un" habit, "un" manteau, "une" robe.
- 3°. "Traverser", diviser: 'des montagnes, des haies, des canaux, "coupent" tout ce pays.
- 4°. Au jeu des cartes, "séparer" un jeu de cartes en deux, avant que celui, qui a la main, done. Il est neutre, et sans régime. = 5°. "Se
- En parlant de deux lignes, de deux chemins, "se traverser", se croiser.
6°. "Couper", entre dans une foule d'expressions.
- On dit, "
- M. de "Bufon" a dit, dans le même sens, "Trancher court": 'Les comètes ne peuvent guère être habitées que par d'étranges créatures, ou, "pour trancher court", elles sont inhabitables.
- "Bossuet" l'a dit aussi: l'"Acad." le met au mot "trancher", mais il est moins usité que "couper". = On dit au fig. "Couper la communication": d'"Avrigny" a dit, "
- "Couper la gorge à" quelqu'un, lui causer un grand dommage.
- Lui "
- "Couper à" quelqu'un "brâs et jambes" lui faire une injustice énorme, criante, etc.
- Lui "
- "Couper chemin au mal"; en arrêter le cours. On dit aussi, "
- "Couper les vivres à" une armée, fermer les avenues, pour empêcher qu'on ne lui porte des vivres.
- "Figurément", retrancher à quelqu'un l'argent, les moyens de subsister.
- "Couper dans le vif"; au propre,
- "Se
Emplacement dans le dictionnaire :
| coupe-pâte coupe-queue coupe-racines coupe-séve coupe-tête coupeau coupée | coupelle coupellé couperas couperet coupet coupetée | coupis couplage couplé couple coupler couplet coupleté |
Quelques citations relatives :
Citation n°1 de Pierre LOTI (Le Mariage de Loti : Rarahu)...l'intérieur de leur île, qui leur est aussi inconnu que les contrées les plus lointaines ; c'est à peine si les hommes visitent quelquefois ces solitudes, pour y cueillir des bananes sauvages, ou y couper des bois précieux. C'était si beau cependant qu'elle était ravie. - elle s'était fait une couronne de roses, et déchirait gaiement sa robe à toutes les branches du chemin. Ce qui nous charmait le...
Citation n°2 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)
...par cela seul, maintenues dans une courtoisie inaltérable et ne ressemblaient pas aux relations ordinaires des enfants entre eux. Je les aimais de très bon coeur ; pour eux, je me serais fait couper en quatre, et m'imaginais vraiment que cela durerait ainsi toute la vie. Exclusif à l'excès, je considérais le reste de la classe comme n'existant pas ; cependant un certain moi superficiel, pour le...
Citation n°3 de Remy de GOURMONT (Esthétique de la langue française : la déformation, la métaphore, le cliché, le vers libre, le vers )
...font trois alexandrins, mais il faut nous méfier de la typographie ; elle joue dans l'histoire du vers libre un rôle trop souvent prépondérant. Jadis il ne s'agissait pour un mauvais poète que de couper de la prose toutes les douze syllabes et d'orner les finales de quelconques rimes ; aujourd'hui, le hachoir est moins mesuré, et il coupe non plus selon l'arithmétique, mais selon des intentions...
Citation n°4 de Louis HÉMON (Maria Chapdelaine)
...prêt pour la besogne ; ils se levèrent et sortirent de la maison. L'espace sur lequel ils avaient travaillé le matin restait encore semé de souches et embarrassé de buissons d'aunes. Ils se mirent à couper et arracher les aunes, prenant les branches par faisceaux dans leurs mains et les tranchant à coups de hache, ou bien creusant le sol autour des racines et arrachant l'arbuste entier d'une seule tiré...
Citation n°5 de Louis HÉMON (Maria Chapdelaine)
...des places comme celles-là, même un homme capable n'a pas grande chance quand il fait ben fret et que la tempête dure. Et si vous vous rappelez, le norouâ a soufflé trois jours de suite, dur à vous couper la face... -oui. Eh bien ? Le monologue qu'il avait préparé n'allait pas plus loin sans doute, ou bien il hésitait à prononcer les paroles nécessaires, car il ne répondit qu'après quelques instants...
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