Couper (verbe)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

XI e siècle. Dérivé de coup. Au sens propre « diviser d'un coup », d'où « ».

I. V. tr.
1. Entailler, blesser. Un silex l'a coupé au genou. La lame m'a coupé légèrement le doigt. Pron. Se la joue, le menton en se rasant. Se jusqu'à l'os, jusqu'au vif. Spécialt. En parlant d'un cheval. S'entretailler, se heurter les jambes en marchant et se blesser avec les fers. Cette jument se coupe. En parlant d'un tissu. Se fendiller. Ce drap, ce velours se coupe, s'use aux endroits où se forment les plis. Fig. et fam. En parlant d'une personne. Se trahir dans ses propos, se démentir soi-même. Le témoin s'est coupé dans ses réponses. Par anal. Le froid me coupe les lèvres, y provoque des gerçures. La bise lui coupait le visage, lui cinglait durement le visage.
2. Trancher, sectionner. Un éclat d'obus lui a coupé l'aorte. On lui a coupé la tête, le cou, la gorge. Couper une jambe, un bras, l'amputer. Couper le cordon ombilical. Couper dans le vif, inciser avec un bistouri les chairs mortifiées et tailler jusqu'à la chair saine pour vider un abcès ou extirper une tumeur et, fig., recourir à des mesures radicales pour assainir une situation. Si l'on veut en finir avec cet abus, il faut dans le vif. Couper le mal à sa racine, à sa naissance, à sa source même.

Couper la queue, les oreilles d'un chien, les griffes d'un chat
Par méton. Couper un chien, un cheval, le châtrer. Un chat coupé.

Couper un boulon, un panneau de métal avec des cisailles
Couper du papier avec un massicot. Par anal. . . Couper une balle, lui donner de l'effet. Expr. fig. et fam. Couper les ailes à quelqu'un, l'arrêter dans son essor, le décourager. Cet échec imprévu lui a coupé les ailes. Couper les ailes à un canard, démentir une fausse nouvelle. Couper les jambes à quelqu'un, l'épuiser. Couper bras et jambes à quelqu'un, briser son énergie, le laisser sans ressort. Cette maladie m'a coupé bras et jambes. Couper les griffes à quelqu'un, le rendre inoffensif. Je vais vous les oreilles, si vous continuez, je me vengerai. J'en donnerais, j'en mettrais ma tête, ma main à , j'en suis absolument certain. Couper ses effets à quelqu'un, l'empêcher de se faire valoir. Cette actrice coupe souvent leurs effets à ses partenaires. Pop. Couper le sifflet à quelqu'un, le réduire au silence, le mettre hors d'état de répliquer.
3. Ôter, retrancher une partie d'un ensemble ; séparer. Couper un pan de montagne pour construire une route. Il faudrait une aile de cette maison pour la mettre à l'alignement. Couper un virage pour améliorer le tracé d'une route. Couper les angles, les arrondir et, fig., trouver des compromis. C'est un excellent diplomate, il excelle à les angles. Couper un passage dans un livre, une scène dans un film, les supprimer. Couper quelqu'un de, l'éloigner, l'isoler de. La guerre l'avait durant quatre ans coupé de sa famille. Transplanté à la ville, il souffrait d'être coupé de ses racines campagnardes. Couper l'ennemi de ses bases de ravitaillement. Pron. Se de quelqu'un, le perdre de vue, cesser toute relation avec lui. Se de quelque chose, perdre le contact avec elle. La division s'est coupée de ses arrières.
4. Rompre, interrompre. L'orage a coupé les lignes téléphoniques. Un éboulis, une chute de neige, une coulée de boue vient de la route du col, de la rendre impraticable. Couper la route à quelqu'un, se mettre en travers de son chemin, lui barrer le passage. Les gendarmes ont établi un barrage pour la route. L'état-major a décidé de les ponts pour retarder l'avance ennemie. Expr. fig. Couper les ponts avec quelqu'un, rompre toute relation avec lui. . En athlétisme, cyclisme, hippisme, etc. Couper la ligne d'un adversaire, se rabattre brusquement devant lui pour l'arrêter ou le freiner dans sa course.

Couper les vivres à une armée, à une ville assiégée, interrompre son ravitaillement en barrant ses accès et, fig
, les vivres à quelqu'un, cesser de subvenir à ses dépenses, à son entretien. Couper la retraite à l'ennemi, lui interdire tout mouvement de repli. Spécialt. Interrompre une communication, une opération, un circuit, un service, etc. Couper une conversation téléphonique, l'interrompre inopinément. Notre conversation a été coupée et, par méton. et fam., nous avons été coupés. Absolt. Ne coupez pas, je vous prie !

Couper l'allumage, le contact, interrompre le circuit électrique du moteur
Couper les gaz d'un moteur à explosion.

Couper l'eau, le gaz, l'électricité, lorsque les factures n'ont pas été acquittées ou pour une réparation
Couper le téléphone, retirer à un abonné l'usage de sa ligne téléphonique. Par anal. Couper la parole à quelqu'un, l'interrompre dans son discours. Ne me coupez pas sans cesse la parole. Couper la fièvre, la faire tomber brusquement. Couper l'appétit, ôter sur-le-champ toute envie de manger. Couper la soif, la faim. Cela m'a coupé toute envie de continuer. Couper le souffle à quelqu'un, le mettre hors d'haleine et, fig., le laisser interdit de surprise, d'admiration. Les quatre étages m'ont coupé le souffle. Une histoire, un spectacle à vous le souffle !
5. Traverser, croiser. Une chaîne de montagnes coupe toute cette région. Leurs vaisseaux ne purent la ligne ennemie. Ce pays est coupé par de nombreux canaux. Cette route coupe celle d'Orléans. Un carrefour dangereux où plusieurs voies se coupent. Les trois hauteurs d'un triangle se coupent en un même point. Ces deux plans se coupent.

Couper la voie, en parlant des chiens, ne pas suivre la voie, mais la traverser pour rejoindre plus tôt l'animal de chasse qui fait des détours
Il faut empêcher les chiens de la voie. En parlant des chasseurs, passer trop tôt sur la voie. Spécialt. Couper l'eau, s'y ouvrir un passage à la nage ou en bateau. Couper le courant, traverser un cours d'eau dans sa largeur. Couper la lame, en parlant d'un navire, courir sur la lame et la traverser. Couper l'équateur, passer d'un hémisphère dans l'autre en franchissant la ligne de l'équateur. Par anal. Couper un liquide, le mélanger avec un autre. Couper le lait, l'étendre d'eau, le mouiller. Couper son vin avec de l'eau. Couper un vin, le mélanger avec d'autres vins ou alcools pour en modifier la force et le goût.
6. Dé en morceaux. a. Partager. Couper un gâteau en parts égales. Couper du pain, un melon, de la viande en tranches. Couper du saucisson en rondelles, des champignons en lamelles. Fig. Un brouillard à au couteau, très dense. Iron. Il n'a pas inventé le fil à le beurre, il n'est pas très malin. Expr. fam. Pour vous, il se ferait en morceaux, il est prêt à tous les sacrifices. Se en quatre, ne pas ménager ses efforts. Couper les cheveux en quatre, se perdre en distinctions inutilement subtiles. Couper la poire en deux, recourir à un compromis. b. Diviser. L'autoroute en projet ait en deux ma propriété. La Seine coupe Paris en deux. Couper une pièce par une cloison, une pelouse par une allée. Durant la Seconde Guerre mondiale, de 1940 à 1942, la France fut coupée en deux par la ligne de démarcation. Fig. Dans cette affaire, l'opinion est coupée en deux. . Couper les cartes, diviser le paquet en deux et placer au-dessus les cartes qui étaient au-dessous. c. Interrompre, ponctuer. Couper l'action d'une comédie, d'un vaudeville par des danses, des chansons. Couper une conversation de longs silences. Son récit était coupé de soupirs, de sanglots. Couper un vers par une césure à l'hémistiche, par des césures secondaires, pour en marquer le rythme, la cadence. Par ext. . Couper une carte, s'en rendre maître en jouant un atout. Avec mon sept de trèfle, j'ai coupé son as de carreau. Absolt. Couper à pique, à cœur. Je coupe !
7. Abattre, élaguer, faucher, moissonner. Couper un arbre, une branche, une haie, un taillis avec une hache, un sécateur, une cisaille, une serpe. Couper les foins, les chaumes, l'avoine, le blé. « Nous n'irons plus au bois, les lauriers sont coupés... », paroles d'une vieille chanson française. Couper une fleur, la cueillir. Couper de l'herbe pour les lapins. Expr. fig. Couper l'herbe sous les pied de quelqu'un, lui l'herbe sous le pied, le devancer et l'empêcher de réussir dans une entreprise, le supplanter. Couper l'arbre pour en avoir les fruits, sacrifier l'avenir au profit immédiat.
8. Tailler selon les règles de l'art. Couper un vêtement, tailler les morceaux de tissu avant de les assembler. Couper un costume, un pardessus, une robe. Un pantalon, un veston, un gilet bien coupé. Absolt. Couper d'après un patron. Couper sur mesures. Couper dans le droit fil. Couper dans le biais, en plein biais.


Couper les cheveux, les raccourcir en leur donnant un certain agencement, une certaine forme. Se faire les cheveux en brosse, selon la dernière mode. Se faire la barbe, la moustache, les faire tailler.

Couper la pierre, le marbre, le verre
Couper une vitre, une glace avec un diamant.

Pan coupé, surface plane qui remplace l'angle à la rencontre de deux pans de mur


Couper en talus les bords d'un chemin, d'un fossé


II. V. intr.
1. Avoir du tranchant. Ce couteau, cette lame, ces ciseaux ne coupent plus.
2. Prendre un raccourci. Pour gagner le bord de la rivière nous avons coupé à travers champs. Couper par un sentier, par le plus court chemin ou, ellipt., par le plus court, au plus court. Expr. fig. Couper court à quelqu'un (vieilli), le quitter brusquement en lui faisant une réponse brève et décisive. Couper court à quelque chose, l'empêcher de se prolonger. Il vaut mieux court à cet entretien, à ce marchandage, y mettre un terme. Absolt. Juger bon de court, d'abréger un récit, des explications, un exposé.
3. Loc. fam. Couper à, échapper à quelque chose de déplaisant, l'éviter. Il a l'art de à toutes les corvées. Vous ne ez pas à une punition. Expr. pop. Ne pas y de. Vous n'y ez pas d'une amende, d'une contravention. Couper dans, se laisser prendre, se laisser tromper par quelque chose, y croire naïvement. Il coupe dans tous les boniments.
4. Changer de ligne en levant rapidement l'épée au-dessus de celle de l'adversaire.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

Diviser un corps continu, avec quelque chose de tranchant. "Couper en deux. Couper en morceaux. Couper de la viande. Couper du papier. Couper avec un couteau, avec des ciseaux, avec un canif, avec une hache, etc. On lui a coupé un bras, une jambe. Couper de l'herbe. Se faire les cheveux. Ce morceau d'étoffe a été coupé à la pièce." Absolument, "Ce couteau coupe bien, ne coupe pas."
au couteau," se dit figurément et familièrement de Choses plus épaisses, plus consistantes qu'elles ne devraient l'être. "C'est un brouillard à au couteau."
Il signifie par extension Tailler suivant les règles de l'art. "Couper les pierres. Couper un vêtement, un manteau, une robe."
"Couper un rocher, une maison, etc.," En enlever, en démolir une partie. "On a coupé la montagne en cet endroit, pour que le chemin passât. Il faudrait cette maison pour qu'elle fût sur l'alignement. Couper en talus le bord d'un chemin, d'un fossé. Couper une route, un pont."
"Pan coupé." Voyez PAN.
"Couper un cheval, un chien, un chat, etc.," Le châtrer.
Fig. et fam., "Couper l'herbe sous le pied à quelqu'un," Le supplanter dans quelque affaire.
Fig., "Couper le mal à sa racine," L'extirper.
Fig. et fam., "Couper bras et jambes à quelqu'un." Voyez BRAS.
"Couper la gorge à quelqu'un," L'égorger, le tuer. "Les voleurs lui coupèrent la gorge."
Fig. et fam., "Couper le sifflet à quelqu'un," Le rendre muet, le mettre hors d'état de répondre.
Par exagération et fam. "Je donnerais ma tête à , je parie ma tête à , je mettrais ma tête à " se dit pour exprimer une vive persuasion, une grande conviction.
COUPER et SE COUPER signifient quelquefois seulement Entamer la chair, y faire une incision. "Vous m'avez coupé au petit doigt. Elle s'est coupée à la main. Il s'est coupé jusqu'à l'os, jusqu'au vif. Se la joue avec un rasoir." Il se dit particulièrement des Personnes grasses, et surtout des enfants, lorsque leur chair se fend dans les plis qu'elle forme. "Cet enfant se coupe."
"Ce drap, ce velours, etc., se coupe," Ce drap, etc., s'use promptement aux endroits où il s'est formé des plis.
"Ce cheval se coupe," Il s'entretaille des pieds de devant ou des pieds de derrière.
"Couper dans le vif," se dit des Chirurgiens qui, pour extirper le mal, coupent jusque dans la chair vive. Il signifie figurément Prendre des mesures énergiques pour terminer une affaire. "Si l'on veut extirper cet abus, il faut dans le vif."
Il se dit quelquefois, dans un sens particulier, du Froid, lorsqu'il fait gercer les lèvres. "Le froid m'a coupé les lèvres."
Fig., "Ce vent coupe le visage," se dit d'un Vent froid qui fouette dans le visage.
COUPER, en termes de jeu de Cartes, signifie Séparer un jeu de cartes en deux avant que celui qui a la main donne. Il signifie aussi Détruire, en jouant de l'atout, l'effet des cartes maîtresses.
Il signifie aussi Traverser. "Leurs vaisseaux ne purent la ligne ennemie. Une chaîne de montagnes coupe toute cette région. Ce pays" "est coupé par de nombreux canaux, est coupé de grandes routes dans tous les sens. Je ai cette chambre en deux par une cloison."
Il se dit particulièrement d'une Chose qui se croise avec une autre. "Cette route coupe celle d'Orléans. La ligne droite qui coupe deux autres lignes droites parallèles se nomme sécante. Un plan qui en coupe un autre. Ces deux chemins, ces deux lignes, ces deux plans se coupent." On dit dans un sens analogue "Un solide est coupé par un plan, etc."
En termes de Sports, "Couper l'eau," Fendre l'eau en nageant. "Couper le courant," Le traverser à la nage ou en bateau.
En termes de Marine, "Couper la lame," se dit d'un Bâtiment dont l'avant court sur la lame et la traverse. "Couper l'équateur," Passer d'un hémisphère dans l'autre en traversant l'équateur.
Fig., "Couper à quelqu'un sa journée, sa semaine, etc.," Déranger le plan d'occupation qu'il s'était fait pour la journée, pour la semaine, etc. "Les visites que je suis obligé de recevoir coupent mes journées, me coupent tout mon temps."
Il signifie aussi Barrer, intercepter, rendre impraticable. "Couper le cours d'une rivière, d'un ruisseau. Couper une route, un passage. On coupa les ponts pour empêcher l'ennemi de passer. Couper une voie de chemin de fer."
"Couper le chemin à quelqu'un," Se mettre au-devant de lui sur son chemin pour l'empêcher de passer.
En termes de Chasse, "Couper la voie," se dit des Chiens qui abandonnent la voie pour rejoindre plus tôt la bête, quand elle a fait des détours, ce qui est un défaut. Il se dit aussi des Chasseurs trop pressés qui passent trop tôt sur la voie.
"Couper la fièvre," L'arrêter au moyen d'un médicament.
Fig., "Couper la parole à quelqu'un," L'interrompre en prenant la parole, ou Lui imposer silence. "Les sanglots, les soupirs, etc., lui coupent la parole, la voix," L'empêchent de parler, de s'exprimer d'une manière suivie.
Fig., "Couper la communication," Mettre fin à une conversation téléphonique avant qu'elle ne soit achevée.
Fig., "Couper quelqu'un," Le dépasser, le devancer. "Nous marchions et sa voiture nous coupa."
"Couper les vivres à une ville assiégée, à une armée, etc.," Fermer les avenues, pour empêcher qu'on ne lui porte des vivres. Fig. et fam., "Couper les vivres à quelqu'un," Lui retrancher l'argent, les moyens de subsister, etc.
En termes de Guerre, "Couper une armée," La séparer en deux tronçons. On dit de même "Ce corps d'armée fut coupé de ses bases."
"Couper par le plus court chemin, par le plus court, par un sentier," Aller par le chemin le plus court, etc. On dit aussi "Couper à travers champs."
Fig. et fam., "Couper court." Voyer COURT.
En termes de Musique, "Couper les sons," Marquer un silence entre chaque son, dans les expressions de douleur, d'abattement ou d'admiration.
En termes de jeu de Paume et de Tennis, "Couper le coup," Pousser la balle de manière qu'elle ne rebondisse pas.
En termes d'Escrime, il signifie Achever de passer l'épée par-dessus la pointe de l'épée de l'adversaire.
COUPER, en termes de Danse, signifie Faire le pas qu'on nomme Coupé.
SE COUPER s'emploie aussi figurément, dans le sens de Se contredire, se démentir soi-même dans ses discours, laisser échapper une chose qu'on voulait cacher. "Il s'est coupé dans ses réponses. On se coupe aisément quand on ne dit pas la vérité." Dans ce sens il est familier.
COUPER signifie aussi Mêler un liquide avec un autre de force moindre. "Couper son vin avec de l'eau." Absolument, "Couper son vin, du lait," Y mêler de l'eau.



Dictionnaire d'Emile Littré

Verbe 



 1   Diviser un corps avec un instrument tranchant. Couper du pain avec un couteau, du bois avec une hache.
BOSSUET: « David, rencontrant Saül à son avantage, après lui avoir sauvé la vie malgré les instances de tous les siens, se sentit saisi de frayeur pour lui avoir seulement coupé le bord de sa robe et avoir mis la main, quoique d'une manière si innocente, sur sa personne sacrée »
    Familièrement. À au couteau, se dit de choses épaisses, d'un liquide plus consistant qu'il ne doit l'être. Un brouillard, une fumée à au couteau. Voilà un bouillon à au couteau.
J. J. ROUSS.: « Quelques verres d'un gros vin à par tranches »
    Absolument. Ce rasoir coupe bien.
    Couper la bourse à quelqu'un, lui voler sa bourse.
    Couper la gorge à quelqu'un, et, populairement, le sifflet à quelqu'un, l'égorger, le tuer. On coupa la gorge à tous les Français dans les Vêpres siciliennes.
    Fig. Couper la gorge à quelqu'un, lui faire perdre sa position, lui causer un grand dommage.
    Fig. Couper le sifflet à quelqu'un, le rendre muet.
    Familièrement. Je lui ai les oreilles, se dit par exagération et par menace.
MOL.: « Laissez-moi, je lui veux les deux oreilles »
    On dit aussi le nez.
REGNARD: « Laissez-moi lui le nez. - Laissez-le aller ; Que feriez-vous, monsieur, du nez d'un marguillier ? »
    Couper le visage à quelqu'un d'un coup de cravache, lui asséner un coup de cravache à travers la figure.
    Fig. Couper la jupe, la robe au cul, façon de parler grossière qui se dit à des prostituées ou à des femmes qui ne valent pas mieux.
SCARR.: « Il me ferait ma jupe ; Ma foi, je ne suis pas si dupe »
    Fig. Couper l'herbe sous le pied à quelqu'un, le supplanter dans une affaire.
    Couper pied à un abus, en ôter la cause.
    Couper bras et jambes à quelqu'un, lui ôter tout moyen d'agir efficacement, et aussi lui causer une consternation grande. Cette nouvelle m'a coupé bras et jambes.
CORN.: « Je m'en consolerai quand je verrai Phocas Croire affermir son trône en se coupant le bras »
    Fig.
CORN.: « Quelle horreur d'embrasser un homme dont l'épée De toute ma famille a la trame coupée ! »
VOLT.: « Si vous voulez d'une race odieuse Dans ses derniers rameaux la tige dangereuse »
    Couper le mal à sa racine, l'attaquer à sa source et l'extirper.
CORN.: « C'en est encor bien moins [de prudence] alors qu'on s'imagine Guérir un si grand mat sans la racine »

 2   Se , à soi-même. Se les ongles. Coupez-vous du pain. En taillant sa plume, il s'est coupé le doigt.
ROLLIN: « Quand on eut appris sa mort chez les barbares, la douleur fut extrême, ils se coupèrent les cheveux, coupèrent les crins de leurs chevaux et de leurs mulets, et remplirent tout le camp de cris et de gémissements »
    Se la gorge, se donner la mort en s'ouvrant la gorge.
    Se la gorge avec quelqu'un, se battre en duel avec lui.
MARMONT.: « Mon ami, lui dit le chevalier, j'ai autant d'envie que vous de me la gorge, car je suis outré de dépit ; mais ce ne sera pas avec vous, s'il vous plaît »

 3   Tailler d'une certaine façon. Il s'entend bien à les pierres. Couper un habit.
SÉV.: « La voilà qui me coupe des serviettes »
    Terme de gravure. Conduire d'une certaine manière le burin. Ce graveur coupe bien le cuivre. Exécuter en creux ou en relief différents ornements.
    Terme de sculpture. Couper le plâtre, faire à la main des moulures ou autres ornements en plâtre.
    Terme d'architecture. Couper du trait, faire le modèle d'une voûte ou d'une pièce de trait en petit, avec de la craie, du plâtre, etc.
    Absolument, en termes de cordonnier et de tailleur, tailler le cuir ou l'étoffe selon les règles du métier. Il coupe bien.
    En termes de jardinage, à l'épaisseur d'un écu, en moignon, en talus, en pied de biche, carrément, termes de LA QUINTINYE, Jardins, t. I, dans RICHELET.

 4   Enlever, retrancher une, partie d'une chose. Couper un pan de bois.
    En termes de maçonnerie, une pierre, en ôter trop, de sorte qu'elle ne peut pas servir à l'endroit où elle était destinée.
    En termes de chirurgie, un membre, l'amputer. Couper dans le vif, , pour mieux extirper un mal, tout autour dans les chairs vives.
    Fig. Couper dans le vif, prendre des mesures énergiques pour mettre fin à une situation mauvaise.
    Terme de vétérinaire. Couper un animal, le châtrer.

 5   Barrer, détourner, intercepter. Couper le cours d'une rivière. Couper une route, un passage. Les ponts furent coupés pour empêcher les ennemis de passer.
    Couper le chemin à quelqu'un, le lui barrer, passer devant lui.
CORN.: « Son fils et deux valets me coupent le chemin »
BOSSUET: « Ils avaient coupé le chemin aux Madianites »
FÉNEL.: « Il fait signe aux siens, qui étaient de l'autre côté de l'arbre, de le chemin au perfide Adraste »
SÉGUR: « Depuis, les Russes ont reproché à Napoléon de ne s'être point décidé à cette manoeuvre ; mais ont-ils assez songé qu'aller ainsi se placer par delà un fleuve, une ville forte et une armée ennemie, c'eût été, pour aux Russes le chemin de leur capitale, se faire à soi-même toute communication avec ses renforts, ses autres armées et l'Europe ? »
    Couper les communications, les vivres à une place assiégée, empêcher qu'elle ne communique avec le dehors, qu'elle ne se ravitaille.
    Fig.
ROTR.: « Coupons dès cette nuit tout accès à ses voeux »
MOL.: « À tous nos démêlés coupons chemin, de grâce »
    Couper les vivres à quelqu'un, cesser de subvenir à ses dépenses, lui refuser de l'argent.
    Couper le feu, circonscrire, borner l'action de l'incendie.
SÉV.: « Des capucins travaillèrent si bien qu'ils coupèrent le feu »
    Par analogie. Couper la fièvre, empêcher le retour des accès.
CHATEAUBR.: « Avec la seconde écorce du sassafras, ils [les sauvages] coupent les fièvres »
    Fig.
J. J. ROUSS.: « Je coupe en lui tout intérêt de mentir »

 6   Passer devant quelqu'un en le séparant de la personne ou de la chose vers laquelle il va.
SÉV.: « Elle coupe la duchesse et donne la serviette »
LA BRUY.: « Tantôt il vous quitte brusquement pour joindre un seigneur ou un premier commis, et tantôt, s'il les trouve en conversation avec vous, il vous coupe et vous les enlève »
SAINT-SIMON: « Vardes convint avec mon père que le carrosse de M. de Vardes ait celui de mon père »
SAINT-SIMON: « Tous [au conseil d'État] étaient assis, et les conseillers d'État y coupaient les secrétaires d'État et le contrôleur général »
    Terme de manége. Couper la volte ou le rond, changer de main en faisant des voltes.

 7   Séparer, diviser. Je ai cette pièce en deux par une cloison.
J. J. ROUSS.: « Ils ont coupé de trop grandes pièces, pour avoir des logements mieux distribués »
    Se croiser avec. Ce chemin coupe la route d'Orléans. Une ligne qui en coupe une autre à angle droit.
    Couper l'eau, le courant, aller en travers ou en remontant.
    Fig. Couper à quelqu'un sa journée, déranger le plan de ses occupations.
    Terme de marine. Le vaisseau coupe la lame, quand l'avant court sur la lame et la traverse.
    On dit aussi la ligne de l'ennemi, quand un ou plusieurs vaisseaux la traversaient et la séparaient en deux, rendant ainsi l'une des parties inutiles pour le combat, alors que les vaisseaux à vapeur n'existaient pas. À Trafalgar, les Anglais coupèrent la ligne française.
    Fig. Couper l'équateur, traverser l'équateur.

 8   Terme de jeu de carte. Prendre avec l'atout une carte de son adversaire. Je coupe le carreau.
REGNARD: « Le jeu rassemble tout ; il unit à la fois Le turbulent marquis, le paisible bourgeois ; La femme du banquier, dorée et triomphante, Coupe orgueilleusement la duchesse indigente »
    Absolument. Je coupe à carreau.

 9   Empêcher, en parlant de la voix, de la parole.
CORN.: « La Parque à ce mot lui coupe la parole »
CORN.: « Ce n'est que la douleur qui lui coupe la voix »
RAC.: « Peut-être, si la voix ne m'eût été coupée, L'affreuse vérité me serait échappée »
RAC.: « Ses pleurs précipités ont coupé mes discours »
    Couper la parole à quelqu'un, l'interrompre en la prenant soi-même.
LA BRUY.: « Couper la parole à son maître »
DIDER.: « Néron lui coupe la parole et lui réplique que Claude ne fit jamais accuser personne »

 10   Gercer, en parlant du froid Le froid m'a coupé les lèvres.
    Ce vent coupe la figure, il est vif et froid.

 11   Tempérer un liquide par un autre. Couper du vin blanc avec du vin rouge.
    Absolument. Couper, c'est mélanger d'eau. Couper le bouillon.
J. J. ROUSS.: « On a beau le lait de mille manières »

 12   Couper le style, faire des phrases courtes et d'où les liaisons sont absentes.
    Mettre les repos dans les phrases, dans les vers. Ce vers est heureusement coupé. L'orateur a mal coupé ses phrases.
D'OLIVET: « Il faut vos phrases à propos ; mais il y a une manière de les qui, bien loin d'interrompre l'harmonie, sert à la continuer »
    Terme de musique. Couper les sons, marquer un silence d'un son à l'autre.

 13   À la paume, le coup, la balle, pousser la balle de manière qu'elle ne fasse point de bond.
DESC.: « Ils la touchent en biaisant de leur raquette, ce qu'ils nomment »
    Terme de jeu. Couper cul, se retirer après avoir gagné et sans donner de revanche.
    Couper les dés, les jeter en retirant le cornet, pour qu'ils restent à la même place.

 14   Couper court, abréger.
SÉV.: « Je dirais beaucoup de choses sur ce sujet que je coupe court par mille raisons »
    Absolument. Couper court au discours ; et, elliptiquement, au discours.
MOL.: « Tout cela va le mieux du monde, Mais enfin coupons au discours »
    Par extension, mettre un terme.
BÉRANG.: « Coupons court Aux erreurs de la jeunesse »
    Couper court à quelqu'un, le quitter brusquement en lui faisant une réponse brève et décisive. Et absolument : Monsieur, point tant de paroles, coupons court.

 15   V. n. Passer la racloire sur une mesure de grains qui est comble.

 16   Couper à travers champs, par le plus court chemin, se diriger par la ligne la plus courte.
    Terme de vénerie. Un chien coupe, lorsqu'il veut gagner la tête de la meute ou lorsqu'il manque de force.

 17   Terme de peinture. On dit qu'une couleur coupe quand elle n'est pas assez fondue.

 18   Terme de danse. Exécuter le pas dit coupé.
    Terme d'escrime. Exécuter le dégagement dit coupé. Couper sous le poignet, dégager par-dessous le poignet de son adversaire. Couper sur pointe, porter une botte en dégageant par-dessus la pointe de l'épée de l'adversaire.
    On dit aussi la mesure, la dégager.

 19   Terme de jeu de cartes. Séparer en deux un jeu de cartes, après que celui qui les tient les a bien mêlées.
    Au jeu du lansquenet, prendre carte et se mettre au nombre des joueurs. Il coupait.

 20   Terme de marine. Couper à terre, aller directement le cap sur la terre.
    Passer entre un vaisseau et un autre. Dans ce moment-là j'avais Ruyter par mon travers, et je voyais l'arrière-garde ennemie dans nos eaux, qui pouvait, en revirant, entre notre corps de bataille et la division de M. Gabaret, Mém. de Villette, en 1675, dans JAL.

 21   Se , v. réfl. Se blesser avec un instrument tranchant. Elle s'est coupée à la main.
    Terme de manége. On dit que des chevaux se coupent, quand ils s'entre-heurtent les jambes, ou quand, avec l'un des fers, ils se blessent le boulet de l'autre pied.
    Se dit aussi des enfants et des personnes grasses, lorsqu'il leur vient des excoriations aux plis que forme la peau.

 22   Être coupé. Le roc cède et se coupe aisément.
    En parlant des étoffes, se gâter par les plis. Les étoffes fortes se coupent plutôt que celles qui sont souples et déliées.

 23   S'entre-croiser. Ces deux lignes, ces deux routes se coupent.

 24   Fig. Se contredire dans ses assertions. On se coupe aisément quand on ne dit pas la vérité.
BOSSUET: « Ces deux réponses se coupent »
Mme DE LA FAYETTE: « La comtesse de Soissons, craignant toujours qu'on ne lui eût fait quelque finesse, tourna tant Vardes qu'il se coupa sur deux ou trois choses »

HISTORIQUE
    XIème siècle
     Lois de Guill. 13: Si ço avent que alquen colpe le poin à altre u le pied
    XIIème siècle
     Ronc. p. 66: Au bon destrier [il] a l'eschine coupée
     Th. le mart. 90: Ne faiz pas cum saint Piere qui dona la colée ; Al serf al prince aveit l'une oreille coupée
     ib. 31: Par douz [deux] feis i fu pris : si l'en laissa aler, Mais ainceis li fist l'um les oreilles
    XIIIème siècle
     Chr. de Rains, p. 63: Et li François lor remanderent qu'il i seroient l'endemain devant tierce, et le [l'ormeau] copperoient ou despit de lui
BEAUMANOIR: « Se feme tient bos [bois] en douaire, elle ne le poet devant que il ait sept ans acomplis »
BEAUMANOIR: « Et quant il les orent pris, il lor coperent les testes à toz »
JOINV.: « Et lors il me porterent à terre et me saillirent sur le cors pour moy coper la gorge »
JOINV.: « Mal apertement se partirent les Turs de Damiete, quant il ne firent coper le pont qui estoit de nez [nefs] »
    XIVème siècle
     Baud. de Seb. VI, 263: Et on voit qu'uns larons qui se met à l'embler, Il n'aconte noient d'une bourse à
    XVème siècle
G. CHASTEL.: « Et à tant je coupe le compte de che chevalier, jusques cy après que j'en releveray le remannant »
BASSELIN: « Que ce vin on ne coupe ; Ainçois qu'on boive net ; Je pry toute la troupe De vider le godet »
    XVIème siècle
MONT.: « S'estant si lourdement couppé [contredit] »
MONT.: « C'estoit un precipice si droict et si couppé, que.... »
MONT.: « Un mont coupé, rabotteux et inaccessible »
MONT.: « Un langage trop serré, coupé »
AMYOT: « Murena en rencontra les uns fuyans, ausquelz il couppa le chemin et les desfeit »
AMYOT: « Ses ennemis luy coupoient les vivres »
AMYOT: « La montée n'estoit pas fort roide ny couppée [à pic] »
PARÉ: « Il faut la cause de la fievre par son contraire »

ÉTYMOLOGIE
    Coup ; picard, coper ; bourguig. côpai.


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


Trancher, séparer, diviser un corps continu, avec quelque chose de tranchant. "Couper en deux. Couper en morceaux. Couper par pièces. Couper du pain. Couper de la viande. Couper du papier. Couper avec un couteau, avec des ciseaux, avec un canif, avec un sabre, avec une hache, etc. Couper un câble. On lui a coupé un bras, une jambe. Couper le cou, la tête à quelqu'un. Couper le nez, les oreilles. Couper le poing. Se la gorge avec un rasoir. Couper de l'herbe. Couper les blés. Couper du bois. Couper les bois. On coupe ce bois de neuf ans en neuf ans. Se faire les cheveux. Couper les ailes à un oiseau. Ce morceau d'étoffe a été coupé à la pièce."
Il signifie quelquefois, Tailler suivant les règles de l'art. "Il s'entend bien à les pierres. Couper un habit, un manteau. Couper une robe."
Il est aussi neutre en parlant Des instruments qui servent à certaines choses. "Ce couteau, ce rasoir, coupe bien, ne coupe pas."
"Couper un rocher, une maison, etc.," En enlever, en démolir une partie. "On a coupé la montagne en cet endroit, pour que le chemin y passât. Il faudrait cette maison pour qu'elle fût sur l'alignement. Couper en talus le bord d'un chemin, d'un fossé."
"Couper un cheval, un chien, un chat, etc.," Le châtrer.
Fam., "Couper la bourse à quelqu'un," Lui voler adroitement sa bourse ou d'autres choses qu'il avait sur lui.
Fig. et fam., "Couper la bourse à quelqu'un," Tirer de l'argent d'une personne qui n'a pas envie d'en donner. "Il s'est laissé la bourse pour avoir la paix, pour se délivrer des importunités de cette personne."
Prov. et fig., "Couper l'herbe sous le pied à quelqu'un," Le supplanter dans quelque affaire.
Fig., "Couper le mal à sa racine," L'extirper. On dit quelquefois dans le même sens, "Couper pied, racine. Il faut pied à cet abus."
Fam., "Je lui ai bras et jambes, je lui ai les oreilles," se dit par exagération et par menace.
Fig. et fam., "Couper bras et jambes à quelqu'un." Voyez BRAS.
"Couper la gorge à quelqu'un," L'égorger, le tuer. "Les voleurs lui coupèrent la gorge." On dit populairement, dans le même sens, "Couper le sifflet à quelqu'un." (Voyez à GORGE les autres emplois de la locution "Couper la gorge.")
Fig. et fam., "Couper le sifflet à quelqu'un," Le rendre muet, le mettre hors d'état de répondre.



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie quelquefois seulement, Entamer la chair, y faire une incision. "Vous m'avez coupé au petit doigt."
Il s'emploie dans ce sens avec le pronom personnel. "Elle s'est coupée à la main. Il s'est coupé jusqu'à l'os, jusqu'au vif."
Il se dit particulièrement Des personnes grasses, et surtout des enfants, lorsque leur chair se fend dans les plis qu'elle forme. "Cet enfant se coupe."
"Ce drap, ce velours, etc., se coupe," Ce drap, etc., s'use promptement aux endroits où il s'est formé des plis.
"Ce cheval se coupe," Il s'entre-taille des pieds de devant ou des pieds de derrière.
"Couper dans le vif," se dit Des chirurgiens qui, en faisant leurs opérations, coupent jusque dans la chair vive. "Il faut dans le vif."
Fig., "Couper dans le vif." Rompre tout à coup des relations nuisibles, ou Prendre des mesures énergiques dans une affaire, etc. "Si l'on veut extirper cet abus, il faut dans le vif." Il signifie aussi, Se priver tout d'un coup et absolument d'une chose qui fait beaucoup de plaisir, et à laquelle on est très-sensible.



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit quelquefois, dans un sens particulier, Du froid, lorsqu'il fait gercer les lèvres. "Le froid m'a coupé les lèvres. Avoir les lèvres coupées par le froid, toutes coupées du froid."
Fig., "Ce vent coupe le visage," se dit D'un vent froid qui fouette dans le visage.



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, Traverser, diviser, partager. "Leurs vaisseaux ne purent la ligne ennemie. Une chaîne de montagnes coupe toute cette province. Ce pays est coupé par de nombreux canaux, est coupé de grandes routes dans tous les sens. Je ai cette pièce en deux par une cloison, en y faisant établir une cloison."
"Couper l'eau," Fendre l'eau en nageant. "Couper le courant," Le traverser à la nage ou en bateau.
En termes de Marine, "Couper la lame," se dit D'un bâtiment dont l'avant court sur la lame et la traverse. "Couper l'équateur," Passer d'un hémisphère dans l'autre en traversant l'équateur.
Fig., "Couper à quelqu'un sa journée, sa semaine, etc.," Déranger le plan d'occupation qu'il s'était fait pour la journée, pour la semaine, etc. "Les visites que je suis obligé de recevoir coupent mes journées, me coupent tout mon temps."
"Couper le cours d'un fleuve, d'un ruisseau," Empêcher un fleuve, un ruisseau de poursuivre son cours.
"Couper chemin, le chemin à quelqu'un," Se mettre au devant de lui sur son chemin, pour l'empêcher de passer.
Fig., "Couper chemin à quelque chose," En arrêter, en empêcher le cours, le progrès. "Il fallut abattre une maison pour chemin à l'embrasement. On a voulu chemin aux chicanes par la nouvelle loi. Couper chemin à une maladie, à la fièvre, à la gangrène." On dit aussi simplement: "Couper la fièvre. Couper le feu, un incendie."
Fig., "Couper quelqu'un," Le traverser, le passer, le devancer. "Nous marchions, et son carrosse nous coupa."
"Couper les eaux à une place assiégée," Couper les canaux, les conduits des fontaines qui portent de l'eau à la ville.
"Couper les vivres à une ville assiégée, à une armée, etc.," Fermer les avenues, pour empêcher qu'on ne lui porte des vivres.
Fig. et fam., "Couper les vivres à quelqu'un," Lui retrancher l'argent, les moyens de subsister, etc.
En termes de Guerre, "Couper les ennemis," Se mettre entre une partie de leur armée et une autre partie, ou entre leur armée et la place qu'ils couvraient. "Les assiégés, ayant fait une sortie, furent coupés par les nôtres. Leur avant-garde ayant passé la rivière, passé tel défilé, nos gens la coupèrent." On dit aussi dans le même sens, "Couper la communication d'une ville, d'un quartier, etc.," Se poster de manière qu'on ne puisse y envoyer du secours.
"Couper par le plus court chemin, par le plus court, par un sentier," Aller par le chemin le plus court, etc.
Fig. et fam., "Couper court," Abréger son discours. "Monsieur, point tant de paroles, coupez court."
Fig. et fam., "Couper court à quelqu'un," Le quitter brusquement, en lui faisant une réponse brève et décisive. "Il voulait entrer en discussion, je lui coupai court."
"Couper la parole à quelqu'un," L'interrompre en prenant la parole, ou Lui imposer silence.
"Les sanglots, les soupirs, etc., lui coupent la parole, la voix," L'empêchent de parler, de s'exprimer d'une manière suivie.
En termes de Musique, "Couper les sons," Marquer un silence entre chaque son, dans les expressions de douleur, d'abattement ou d'admiration.
À la Paume, "Couper le coup," Pousser la balle de manière qu'elle ne fasse point de bond.
En termes d'Escrime, "Couper la mesure." La dégager.



5ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit particulièrement D'une chose qui se croise avec une autre. "Cette route coupe celle d'Orléans. La ligne droite qui coupe deux autres lignes droites parallèles se nomme Sécante. Un plan qui en coupe un autre." On dit, dans un sens analogue, qu'"Un solide est coupé par un plan, etc."
Il s'emploie dans les mêmes sens comme verbe réciproque. "Ces deux chemins, ces deux lignes, ces deux plans se coupent."
Il s'emploie aussi figurément, comme verbe réfléchi, dans le sens de Se contredire, se démentir soi-même dans ses discours. "Il s'est coupé dans son interrogatoire, dans ses réponses. On se coupe aisément quand on ne dit pas la vérité."



6ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



en termes de Chasse, se dit Des chiens qui abandonnent la voie pour devancer la bête; ce qui est un défaut.



7ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



en termes de Danse, Faire le pas qu'on nomme Coupé. "Coupez, coulez, etc."



8ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, Mêler un liquide avec un autre. "Couper du vin blanc avec du vin rouge. Couper son vin avec de la tisane."
Absol., "Couper son vin, du lait," Y mêler de l'eau.



9ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



aux Jeux de cartes, Séparer un jeu de cartes en deux, avant que celui qui a la main donne. "J'ai mêlé les cartes, coupez, coupez net."



10ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



au jeu du Lansquenet, Prendre carte et se mettre au nombre des joueurs. "Il coupait. Il ne coupait pas."



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Verbe 

["Kou-pé": 2e"é" fer.] 1°. "Trancher"; diviser un corps continu. "Couper du" pain, "de" la viande; on "lui a coupé un" bras, "une" jambe; " le" cou, "ou" la tête à quelqu'un. "Couper le" poing, "le" nez; "les" oreilles, etc. "Couper les" blés, "les" bois, "les" cheveux, "les" aîles, etc.
- 2°. "Tâiller" suivant les règles de l'art. Il entend bien à "couper" les pierres. "Couper un" habit, "un" manteau, "une" robe.
- 3°. "Traverser", diviser: 'des montagnes, des haies, des canaux, "coupent" tout ce pays.
- 4°. Au jeu des cartes, "séparer" un jeu de cartes en deux, avant que celui, qui a la main, done. Il est neutre, et sans régime. = 5°. "Se ", se contredire. 'Les criminels "se coupent" souvent. 'Louis VIII fit venir à Pérone cet Imposteur, qui "se coupa" sur toutes les questions qu'on lui fit. = En parlant d'un cheval, "s'entretâiller" des pieds de devant, ou de ceux de derrière.
- En parlant de deux lignes, de deux chemins, "se traverser", se croiser.
   6°. "Couper", entre dans une foule d'expressions.
- On dit, " court", ou sans régime, ou avec la prép. "à". 'Pour " court", je vous dirai seulement que, etc. '"Coupons court à" toutes ces dificultés: un seul mot en fera l' afaire. "Boss."
- M. de "Bufon" a dit, dans le même sens, "Trancher court": 'Les comètes ne peuvent guère être habitées que par d'étranges créatures, ou, "pour trancher court", elles sont inhabitables.
- "Bossuet" l'a dit aussi: l'"Acad." le met au mot "trancher", mais il est moins usité que "couper". = On dit au fig. "Couper la communication": d'"Avrigny" a dit, " le commerce". 'Cette petite Île (de Sainte-Maure) n'étoit guère considérable que parce qu'elle servoit de retraite aux Corsaires, qui "coupoient le commerce" avec Venise. Cela n'est pas trop usité.
- "Couper la gorge à" quelqu'un, lui causer un grand dommage.
- Lui " la parole", l'interrompre, ou lui imposer silence. Lui " l'herbe sous les piés", le suplanter, le traverser. 'La veuve de Maître Paul est outrée... Son grand benet d' amant trouve Marie bien jolie, bien douce.... J'emmene Marie, pour l' empêcher de " l'herbe sous les piés de sa mère". Sév. je crois qu'il faut dire: " l'herbe sous les pieds à", et non pas "de".
- "Couper à" quelqu'un "brâs et jambes" lui faire une injustice énorme, criante, etc.
- Lui " chemin", le dévancer, pour l'empêcher de passer.
- "Couper chemin au mal"; en arrêter le cours. On dit aussi, " pied aux abus".
- "Couper les vivres à" une armée, fermer les avenues, pour empêcher qu'on ne lui porte des vivres.
- "Figurément", retrancher à quelqu'un l'argent, les moyens de subsister.
- "Couper dans le vif"; au propre, dans la chair vive. Au figuré, toucher à ce qui est le plus sensible.
- "Se de son couteau", lâcher des paroles, qui nuisent dans la suite: être soi-même l'artisan de ses malheurs.




Emplacement dans le dictionnaire :

coupe-pâte
coupe-queue
coupe-racines
coupe-séve
coupe-tête
coupeau
coupée
coupelle
coupellé

couperas
couperet
coupet
coupetée
coupis
couplage
couplé
couple
coupler
couplet
coupleté




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Pierre LOTI (Le Mariage de Loti : Rarahu)

...l'intérieur de leur île, qui leur est aussi inconnu que les contrées les plus lointaines ; c'est à peine si les hommes visitent quelquefois ces solitudes, pour y cueillir des bananes sauvages, ou y couper des bois précieux. C'était si beau cependant qu'elle était ravie. - elle s'était fait une couronne de roses, et déchirait gaiement sa robe à toutes les branches du chemin. Ce qui nous charmait le...


Citation n°2 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)

...par cela seul, maintenues dans une courtoisie inaltérable et ne ressemblaient pas aux relations ordinaires des enfants entre eux. Je les aimais de très bon coeur ; pour eux, je me serais fait couper en quatre, et m'imaginais vraiment que cela durerait ainsi toute la vie. Exclusif à l'excès, je considérais le reste de la classe comme n'existant pas ; cependant un certain moi superficiel, pour le...


Citation n°3 de Remy de GOURMONT (Esthétique de la langue française : la déformation, la métaphore, le cliché, le vers libre, le vers )

...font trois alexandrins, mais il faut nous méfier de la typographie ; elle joue dans l'histoire du vers libre un rôle trop souvent prépondérant. Jadis il ne s'agissait pour un mauvais poète que de couper de la prose toutes les douze syllabes et d'orner les finales de quelconques rimes ; aujourd'hui, le hachoir est moins mesuré, et il coupe non plus selon l'arithmétique, mais selon des intentions...


Citation n°4 de Louis HÉMON (Maria Chapdelaine)

...prêt pour la besogne ; ils se levèrent et sortirent de la maison. L'espace sur lequel ils avaient travaillé le matin restait encore semé de souches et embarrassé de buissons d'aunes. Ils se mirent à couper et arracher les aunes, prenant les branches par faisceaux dans leurs mains et les tranchant à coups de hache, ou bien creusant le sol autour des racines et arrachant l'arbuste entier d'une seule tiré...


Citation n°5 de Louis HÉMON (Maria Chapdelaine)

...des places comme celles-là, même un homme capable n'a pas grande chance quand il fait ben fret et que la tempête dure. Et si vous vous rappelez, le norouâ a soufflé trois jours de suite, dur à vous couper la face... -oui. Eh bien ? Le monologue qu'il avait préparé n'allait pas plus loin sans doute, ou bien il hésitait à prononcer les paroles nécessaires, car il ne répondit qu'après quelques instants...


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